-
En Direct de Palestine -
Il
y a du nouveau, aujourd'hui lundi 22 avril 2002.
Nous venons d'avoir confirmation par le ministère des affaires
étrangères de la sortie, aujourd'hui, de plusieurs membres
des Missions civiles, dont nos 3 camarades lyonnais (Murielle, Cyrille
et Ben), présents dans le QG du président Arafat depuis
3 semaines.
Ils sont actuellement détenus par l'armée israélienne,
qui leur a confisqué leurs passeports.
Des tractations auraient lieu entre le consulat français et l'état
Israélien pour leur permettre de rejoindre le sol français
dans les plus bref délais.
(Alors
que la situation au Proche Orient et surtout en Cijordanie s'aggrave
de jour en jour, 3 lyonnais ont décidé de rejoindre directement,
en Cijordanie, une mission civile de soutien au peuple palestinien.
Actuellement, et depuis dimanche 31 mars, nos 3 camarades lyonnais
survivent et témoignent au sein même du Quartier Général
de Yasser Arafat à Ramallah, dans des conditions des plus précaires
puisque l'électricité ne fonctionne que par intermittence
et que l'eau courante n'est, à ce jour (08/04/2002), toujours
pas rétablie, ravitaillement en vivre assuré par le Croissant
Rouge irrégulier.
Malgré ces conditions de vie très difficiles, le groupe
(composé d'une trentaine d'occidentaux) reste très soudé
et est plus que prêt à tenir jusqu'au bout, c'est à
dire jusqu'au retrait des troupes israeliennes. (De fausses rumeurs
circulent en ce moment comme quoi certaines personnes de le mission
civile voudraient quitter le QG d'Arafat).
Par ailleurs, les informations en provenance des Territoires
Occupés diffusées par les médias occidentaux proviennent
essentiellement de l'Etat Israelien; informations malheureusement contredites
par nos camarades qui sont sur place.
Aujourd'hui, les nouvelles en provenance de Cijordanie ne sont pas des
plus positives : le nettoyage de la vielle ville de Naplouse est en
cours (il resterait 450 palestiniens dans la vielle ville); à
Jénine selon les témoignage un massacre aurait eu lieu
et aurait fait plusieurs dizaines de victimes palestiniennes. Les Etas-Unis
ne sont pas très insistants auprés des autorités
israeliennes pour que son armée quitte ses positions en Territoires
Occupés. Sharon de son coté semble ne pas tenir compte
de la diplomatie internationale et veut poursuivre ses opérations
militaires.
Par contre, l'appel international, lancé depuis l'intérieur
du QG d'Arafat, à la mobilisation de tous et toutes contre les
opérations militaires d'Israel semble avoir eu une réelle
efficacité.)
Interview
de Cyrille et de Benjamin depuis le QG d'Arafat,
Réalisé par Radio Canut en direct le jeudi 11 avril
2002 à 19 h 30.
Quelle est la situation actuelle ?
On est toujours dans les bâtiments présidentiels auprès
de Yasser Arafat et de dizaines de résistants ; l'important c'est
pas ce qui se passe à l'intérieur, évidemment,
parce que, effectivement, on va perdre quelques kilos, on a de l'eau
qui est arrivée à l'instant, on a toujours pas l'eau courante
parce que les soldats israéliens mettent des conditions inacceptables
à la remise de l'eau, donc on est dans des conditions sanitaires
pas terribles, mais l'important c'est ce qui se passe autour surtout,
et en ce moment on est très préoccupé par ce qui
s'est passé, mais vous devez le savoir, et ce qui continue à
se passer à Naplouse et à Jénine.
Notamment à Jénine où il y à un vrai massacre
organisé de grande ampleur, les chiffres que l'on a eu disaient
qu'il pouvait y avoir au moins 700 victimes. Notamment hier soir, il
nous est arrivé une nouvelle comme quoi il y avait 50 personnes
dans un bâtiment. Les soldats israéliens ont menacé
de faire sauter ce bâtiment ; il y a 2 personnes qui ont voulues
se rendre en sortant, ils se sont fait fusiller directement, donc pour
les autres c'était hors de question qu'ils sortent. Voilà
c'est le genre de méthodes qui est utilisé
soit
les bombardements, soit les bulldozers pour raser les habitations avec
les gens à l'intérieur
aussi bien à Naplouse
où ils ont rasé la vielle ville qu'à Jénine.
La
vielle ville de Naplouse est donc quasiment réduite à
zéro ?
Oui,
on a des images à travers France 2, un tout petit
peu,
à travers Al-Jazira, mais surtout et malheureusement
à travers les images de l'armée israélienne, puisqu'elle
opère un contrôle médiatique total, elle laisse
pas rentrer les journalistes, et ainsi elle peut manipuler à
son souhait et choisir les images et manipuler l'information comme elle
veut. Et les images que l'on a vu du centre de Naplouse, effectivement
cela a été bombardé par hélicoptère
et c'est une catastrophe humaine totale
Demain
Colin Powell doit venir sur place, est-ce que vous avez des infos, est-ce
qu'il se prépare quelque chose, est-ce que Arafat va pouvoir
le rencontrer ?
A mon avis il va rencontrer Sharon, il vient ici voir Arafat samedi
à 10h du matin. Aujourd'hui, on a vu passé des gens de
la sécurité américaine qui venait préparer
son arrivée et garantir les conditions de sécurité.
Cependant, autour de la venue de Powell il se passe plusieurs choses,
notamment demain est une grande journée de mobilisation dans
le monde arabe qui se promet d'être très très chaude,
qui est un moyen pour les états arabes et les populations arabes
de mettre la pression sur Powell pour qu'il obtiennent de Sharon l'arrêt
des agressions militaires.
Ceci dit, notre espoir ne repose pas du tout sur Colin Powell, parce
que la diplomatie américaine est certainement pas là pour
régler le problème de fond des palestiniens, et ce que
l'on pense c'est qu'il va peut-être essayer de négocier
une pacification c'est à dire aussi bien d'arrêt des actions
palestiniennes que l'offensive de grande ampleur israélienne;
en aucun cas il va s'attaquer aux causes politiques de l'affrontement
et en aucun amener des négociations de paix sur le terrain qui
pourraient amener quelque chose sur le long terme.
Au
niveau de la délégation , si jamais les chars israéliens
se retirent demain ou après-demain suite à la venue de
Powell, pensez-vous quitter le Q.G. d'Arafat ?
Sharon, a commencé par dire aujourd'hui qu'il ne se retirerait
pas de 4 villes palestiniennes : Hébron, Ramallah, Naplouse et
Jénine
On sait pas du tout comment cela va se passer pour
ce retrait . Effectivement Colin Powell a exigé qu'il y ait un
retrait, il ne voulait pas rentrer dans la Moukata'a, voir Yasser Arafat
en étant assiégé par des tanks.
Il y a plusieurs options soit les israéliens ne vont pas bouger,
soit ils peuvent reculer de 200 mètres, aller se cacher derrières
les premiers bâtiments, et, auquel cas, cela ne garantie pas du
tout notre sortie. Nous on la dit et on le redit, on sortira d'ici quand
on ne sentira plus l'utilité d'y rester, c'est à dire
quand le siège sera levé et que les armées israéliennes
seront parties à la fois du Q.G. d'Arafat et à la fois
de la ville de Ramallah, voilà notre position globale.
Quotidiennement
comment et par qui estes-vous ravitaillé ?
Les gens qui ravitaillent sont les palestiniens, en ce moment il y a
un ravitaillement qui arrive, c'est des palestiniens qui sont obligés
de braver le couvre feu pour nous amener des vivres. Il y a beaucoup
d'eau, on a arrêté de décharger pour passer l'interview,
et il y a pas mal d'eau qui est arrivée, mais cela ne garanti
pas l'eau courante et tout l'amélioration sanitaire qui est assez
catastrophique.
Ceci dit, c'est bien les palestiniens qui payent et qui affrètent
la nourriture, les vivres, et c'est l'armée israélienne
qui empêche ou qui décide selon son bon vouloir de la livraison
et ça se joue, je pense, selon les pressions qui sont exercées
sur l'armée israélienne
Mais je le redis, l'important n'est pas du tout la situation telle que
l'on la vit ici, c'est la situation politique au nord dans laquelle
la diplomatie joue malheureusement un rôle bien timide, et ce
que l'on pense aussi c'est que la lenteur du processus diplomatique
est une caution totale à la politique que mène Sharon,
parce que si les Etats-Unis et la Communauté Européenne
voulaient arrêter les massacres nous pensons qu'ils disposent
de moyen suffisamment fort pour permettre de les arrêter ; à
travers le fait de vouloir se ménager leurs intérêts
économiques israéliens c'est du laisser aller pour les
tanks, les bulldozers, et les bombardements israéliens.
Vous
avez sûrement plus d'inforamtions sur ce qui se passe autour,
dans les villes de Cijordanie, les journaliste n'ont pas accès
à ce qui se passe dans les villes de Cijordanie, on a entendu
parler de fosses communes avec plusieurs centaines de personnes à
Jénine.
Il y a des fosses communes à Naplouse et à Jénine
apparemment, on en connaît pas l'ampleur, parce que là,
le problème à Jénine et à Naplouse aussi,
c'est qu'il doit y avoir un grand nombre de corps sous les gravas sous
les destructions d'immeubles, et c'est impossibles maintenant de mesurer
l'ampleur des dégâts, cela va être fait, je pense,
plus tard quand la situation se sera assaini.
Dans
quel état d'esprit est Yasser Arafat et les gens qui l'entourent
?.
Yasser Arafat , on est pas là pour servir son secrétariat,
sa communication il la fait très bien lui même
Ce que l'on se rend compte en étant ici c'est que vraiment le
peuple palestinien est unanime autour de sa personne en tant que représentant
de la résistance et c'est pour ça que notre présence
ici est importante, et Yasser Arafat, quand on lui demande de dénoncer
en arabe et de demander l'arrêt des actions palestiniennes, il
dit tout simplement " arrêtez de me dire ça , vous
voyez, j'ai à peine le téléphone, je suis isolé
avec des chars autour ; donc attaquez vous aux problèmes et arrêtez
d'être hypocrites
" et je pense que son état
d'esprit se résume ici , il a dit qu'il ne se rendrai pas et
dans un certain coté Sharon a gagné la bataille militaire,
autant la bataille politique est plutôt en faveur de Yasser Arafat
sur le long terme.
Sharon
et les américains ont parlé pendant pas mal de temps et
encore aujourd'hui de trouver un remplaçant à Arafat,
le peuple est-il vraiment derrière Arafat ?
Pour moi ça c'est quelque chose de très clair qui me surprend,
j'avoue, en venant ici je n'avais pas cette position là, mais
il y a quelque chose de très fort autour de sa personnalité,
et pas qu'en Palestine mais dans le monde arabe, et il y a fort à
penser que si les israéliens voulaient s'en débarrasser
cela pourrait créer des évènements de grandes ampleurs
dans tout le monde arabe, il n'y a qu'a se rappeler des dernières
manifestations au Maroc qui ont été de plus d'1 million
de personnes et c'est un signal auquel sont tout a fait sensibles les
américains et les israéliens , après pour moi il
est clair que Sharon et l'état israélien ont voulu se
débarrasser d'Arafat, c'est pour ça que l'on pense qu'en
rentrant ici on lui a sauvé la peau ; après ils ont essayé
de faire tout un travail pour le déporter, pour l'éliminer
de la scène palestinienne le déporter en Europe, en Tunisie
là ou il voulait mais l'éloigner pour sortir une nouvelle
tête à la résistance palestinienne qui n'aurait
pas la même légitimité auprès du peuple que
Yasser Arafat. C'est contredit un petit peu par le fait que les Etats-Unis
ont reconnu Yasser Arafat comme seul interlocuteur valable avec qui
il fallait négocier. Je pense que de ce coté là
les Etats-Unis et Israël sont pas sur la même opinion et
ce qui fait que Israël ne peut pas se permettre tout et n'importe
quoi envers Yasser Arafat. Après, la personnalité de Sharon
est tellement obscure, enfin surtout sa politique d'ailleurs, que on
voit pas trop sa ligne politique sur le long terme à part de
la gestion militaire quasi au jour le jour, on sait pas bien comment
il peut réagir.
On a quand même pu voir qu'il n'attaquait pas et n'emprisonnait
pas les gens du Hamas, qu'il connaî,t alors que Yasser Arafat
est quasi emprisonné.
Il y a une anecdote à ce propos, c'est que un haut représentant
de l'état belge, alors je sais pas si c'est un ministre ou un
ambassadeur ou quoi a demandé à voir Cheik Yassine, le
leader du Hamas, et l'accès lui a été ultra simplifié
par Israël, après il a demandé a voir Yasser Arafat
et on lui a interdit. Et donc il a décrit la politique du Hamas
tout en soulignant bien qu'il trouvait plus qu'étonnant qu'on
lui facilite a ce point là une entrevue avec le Hamas alors que
cela lui est interdit pour Yasser Arafat. Il désigne par là
une espèce de volonté politico-médiatique de l'état
d'Israël qui préfère que le monde entier entende
la parole du Hamas que la parole de Yasser Arafat et encore une fois
je le dis, je ne me sens pas du tout obnubilé ni aveuglé
par la personnalité de Yasser Arafat, mais qui réunit
autour de lui , y compris dans ses " ennemis politiques ",
qui fait l'unanimité.
Entretien avec Benjamin.
Quelles
sont tes impressions ?
On ne pensait pas du tout se retrouver ici dans le palais du président
à faire ce que l'on a fait. Cela dit, on s'est bien rendu compte,
depuis 15 jours, que c'était assez important, on a pas de fierté,
mais on pense vraiment que l'on a changé le cour s de l'histoire
ici.
Ceci dit, c'est vrai, globalement ici, dans le palais, ça va
,il y a pas trop de souci à se faire, mais c'est au niveau du
reste des villes que ça craint. Parce que à Jénine
il y avait aucun observateur, les journalistes se sont tous fait arrêter
et confisquer leur matériels et c'est dommage qu'il n'y ait pas
eu de gens la bas.
On voit tout l'intérêt de ces missions, je sais qu'il y
a énormément de gens qui essayent de s'y rendre et c'est
vraiment essentiel de pouvoir affirmer une présence d'internationaux
un peu partout, parce que ça sauve des vies,
.on en est
là.
Au niveau de l'analyse politique que moi j'ai, c'est très clair
que Sharon essaye de se débarrasser et de toucher non seulement
à l'autorité palestinienne, à savoir tous les policiers
armés, c'est le cas à Bethléem où ils sont
enfermés dans une église, mais il voudrait bien les faire
sortir, soit pour les arrêter soit pour les flinguer, c'est le
cas aussi de Naplouse, où la vielle ville a été
bombardée, ce qui est une catastrophe au niveau de l'habitat
et aussi humain parce que il y avait des populations civiles qui habitaient
là et les policiers palestiniens qui assuraient la sécurité
de la ville sont depuis retranché dans les vielles rues
Pour essayer de ruiner tous les systèmes d'autonomie locale dans
les villes cela suppose aussi de faire des massacres dans la mesure
où ces policiers-combattants sont mêlés aux populations
civiles et, à mon avis, c'est ce qui s'est passé à
Jénine où il y a tout un camp qui a été
bombardé pendant 5 jours et là, en ce moment, ils sont
en train de raser le camp avec plusieurs bulldozers pour essayer d'enlever
un peu les séquelles des atrocités
As-tu
une idée du moment où vous alleze quitter la Palestine.
Nous non, cela sera de notre choix, parce que l'on est pas ici des otages
il faut bien que les gens comprennent ça , on est venu de notre
plein grés, quand on trouvera le moment où la volonté
de sortir et bien on le fera, pour le moment nous, en fait, on souhaite
la libération de la ville parce que on a pas envie d'être
prit pour des criminels et arrêtés, peut-être même
d'être mis en prison quelque jours en Israël.
De toute façon c'est certain que au niveau des associations et
des ONG il va être mis en place une présence constante
autour du palais et même dans le palais, c'est clair que si on
part tous en groupe ils feront un massacre ici
.
Voici
l'interview de Cyrille depuis le QG d'Arafat,
Réalisé par Radio Canut en direct le vendredi 5 avril
2002 à 15 h 30.
"Nous
ne sommes pas en présence d'un conflit entre deux armées
mais face à une armée d'occupation qui détruit
un territoire entier et s'en prend à la population civile."
Cyrille,
peux-tu nous faire un point sur la situation depuis votre arrivée
à Jérusalem ?
Dans un premier temps, je tiens à dire que les communications
peuvent être coupées à tout instant : l'armée
israélienne utilise un brouillage qui rend instable les communications
avec l'extérieur. Rien n'est donc garanti et la censure opère
également ici.
Nous sommes partis de Lyon à trois (Murielle, Benjamin et donc
Cyrille, le samedi 30 mars) et nous avons rejoint sur place à
Jérusalem un groupe d'une quarantaine de personnes, puis une
centaine d'autres internationaux, parmi lesquels des Italiens, des Basques,
des Espagnols, des Anglais et des Allemands dans le cadre d'une grande
mission civile de protection du peuple palestinien. A ce moment là,
les endroits où notre action était la plus nécessaire
se trouvaient à Ramallah. Nous avons essayé à plusieurs
reprises, car nous avons été bloqués par l'armée
israélienne, de franchir le check point nous conduisant à
Ramallah. Nous avons donc été obligés d'entrer
clandestinement : nous sommes d'abord passés par une " zone
tampon ", un chantier ou une carrière, pour rejoindre des
taxis en territoire palestinien qui , toujours clandestinement, nous
ont emmené jusqu'à l'Hôtel Ramallah.
Sur
place, se trouvaient déjà d'autres " internationaux
" dont José Bové. La première décision
a été de se rendre à la Moukata, les bâtiments
qui abritent Yasser Arafat et ses collaborateurs : nous avons quitté
l'Hôtel en manifestation, dans les rues vides de Ramallah soumise
au couvre-feu de l'armée israélienne, pour dans un premier
temps s'approvisionner en médicaments à l'hôpital
de Ramallah. Ici, nous avons pu vérifier que l'armée israélienne
entre dans les hôpitaux à la recherche de blessés
pour ensuite les emmener : nous avons aucune nouvelle des lieux où
sont conduits les blessés ni ce qu'ils deviennent. Nous avons
donc décidé de nous interposer à l'entrée
dans l'hôpital de soldats israéliens. A cette occasion
nous avons assisté au retour de deux ambulances qui contenaient
deux civils palestiniens morts. Images très dures.
Nous nous sommes mis en route vers le QG d'Arafat malgré les
mouvements des chars israéliens et les intimidations, dont des
tirs de mitrailleuse. Nous avons progressé calmement au milieu
des canons israéliens, profitant le plus possible de notre "statut"
d'européens, pour finalement pénétrer dans le QG
d'Arafat sous les regards étonnés des militaires israéliens.
Quels
sont les objectifs de votre Mission Civile au QG d'Arafat ?
Nous sommes entrés au QG d'Arafat car nous supposions qu'un assaut
imminent de l'armée israélienne se préparait. Nous
avons le sentiment d'avoir évité un massacre : outre Yasser
Arafat et ses gardes du corps, le QG abrite des civils dont 2 enfants.
Au total, c'est une centaine de personnes qui est présente ici
auxquelles nous nous sommes ajouté.
Depuis
que nous sommes arrivés, les tirs israéliens ont cessé.
Notre rôle de "protection" est donc efficace et nous
comptons rester jusqu'au départ de l'armée israéliennes
des territoires occupés. Cette situation a redonnée le
moral aux palestiniens présents ici . Nous avons même pu
ouvrir les volets cette semaine pendant quelques minutes.
Quelles
sont vos conditions de vie à l'intérieur ? Avez-vous été
ravitaillé ?
Les conditions de vie sont difficiles. Pour la nourriture, nous avons
pu utilisé jusqu'à maintenant des réserves stockées
ici, notamment en eau. Nous devions être ravitaillés par
le Croissant Rouge Palestinien, mais les ambulances sont bloquées
par l'armée israélienne. Trois véhicules ont tout
de même franchi les barrages après que les militaires israéliens
les aient fouillé et se soient servi, notamment de cigarettes.
L'armée israélienne a pris des photos, filmée les
ambulances pour laisser penser que c'est elle qui a pris l'initiative
du ravitaillement. Elle a même annoncé avoir proposé
à Yasser Arafat un ravitaillement en eau que celui-ci aurait
refusé par crainte d'un empoisonnement.
Notre
seul apport d'eau provient des palestiniens qui vont la chercher à
l'intérieur d'un autre bâtiment, indépendant du
notre, en courant. Ils ont également, cette fois à l'extérieur
des bâtiments, réparé par deux fois des canalisations
d'eau. Elles ont fonctionné une demi journée avant que
l'armée israélienne les détruise à l'aide
de leurs chars. Nous n'avons donc pas d'eau courante et nous vivons
une situation sur le plan sanitaire et de l'hygiène très
difficile.
Cependant,
ce sont les conditions de vie à l'extérieur du QG qui
sont les plus graves. L'armée israélienne confisque les
ambulances, attaque les hôpitaux, détruit les écoles,
empêche la circulation des médecins. L'armée israélienne
se livre à un véritable démantèlement de
la société palestinienne et de ses infrastructures : les
chars rendent les routes impraticables et des bombardement ont visé
des camp de civils.
Cyrille,
quelles sont vos réflexions sur cette semaine d'opération
militaire ?
Nous dénonçons fortement les exactions de l'armée
israélienne commise au nom d'une opération "anti-terroriste".
Le déploiement des chars israéliens sur tous les territoires
occupés ne correspond en rien à une réalité
terroriste au sein de la société civile palestinienne.
Si les attentats de ces derniers jours qui ont été commi
dans les villes israéliennes sont condamnables, ils sont la conséquence
de la politique israélienne de colonisation des territoires occupés,
de la quasi-apartheid dont sont victimes les arabes israéliens
et des humiliations que subissent au quotidien les palestiniens.
Pour
nous, l'armée israélienne poursuit un autre but que la
lutte contre le terrorisme : d'abord, détruire le peu de structures
économiques et sociales de la Palestine qui avait été
mis en place à la suite des accords d'Oslo en 1993 et ensuite
mettre fin aux activités de Yasser Arafat qui est, nous le vérifions
ici, un symbole fort de la résistance palestinienne . Nous n'avions
pas forcément, avant de venir dans les territoires occupés,
cette vision du peuple palestinien uni derrière le président
de l'Autorité Palestinienne. Pour ces raisons, nous sommes persuadés
que l'Etat israélien voulait prendre d'assaut le siège
de l'Autorité Palestinienne afin d'en chasser Yasser Arafat et
de l'exiler hors de Palestine. Nous sommes témoins qu'Arafat
n'est pas disposé à se laisser capturer ou se rendre.
La politique israélienne de provoquer l'émergence d'une
autre classe dirigeante palestinienne risque de provoquer un massacre.
Nous sommes aussi les témoins de la forte mobilisation du monde
arabe autour d'Arafat.
Est-ce
que vous vous sentez particulièrement soutenu dans votre action
et informés ?
Il y a plusieurs aspects à évoquer. Sont présents
ici avec nous d'autres français, des basques, des allemands,
un anglais et un péruvien. Nous avons ainsi un retour des mobilisations
internationales en Europe comme en Amérique du Sud et aussi depuis
le monde Arabe.
Nous
estimons que la presse, au-delà de notre entrée spectaculaire
dans le QG d'Arafat, est largement victime de la désinformation
de l'Etat d'Israël. Ainsi, nous faisons tout notre possible pour
diffuser nos propres témoignages. Si on perçoit bien la
volonté d'Israël de modifier la réalité, nous
constatons que les populations ne sont pas dupes : le nombre des mobilisations
à travers le monde et leur ampleur nous en apportent une preuve.
Toutes les personnes avec qui nous sommes en contact nous ont fait part
de l'utilité de notre action. Ainsi nous resterons à Ramallah
tant que l'armée israélienne n'aura pas évacué
les territoires occupés.
Il y a deux autres villes et on ne l'évoque pas suffisamment,
où une vingtaine d'européens sont en mission civile de
protection comme nous : à Bethléem dans le camp de Deshet
et à Gaza.
Ce
matin Arafat a reçu la visite de Zini, l'émissaire américain.
Que peut-on espérer ?
Nous avons senti cette semaine une amélioration sur le plan diplomatique
mais à une vitesse largement inférieure à ce qui
serait nécessaire. Le candidat Jospin a fait des propositions
ridicules. Nous appelons à une mobilisation accrue en France
pour presser Lionel Jospin et Jacques Chirac à prendre position
: nous ne sommes pas en présence d'un conflit entre deux armées
mais face à une armée d'occupation qui détruit
un territoire entier et s'en prend à la population civile.
La
diplomatie américaine par l'intermédiaire de Colin Powell
puis Georges Bush a réalisé un tout petit pas vers la
diminution des opérations militaires israéliennes. Bien
évidemment, les clés du conflit dépendent pour
beaucoup du positionnement Etats-Unien. Si Zini a effectivement rencontré
Yasser Arafat aujourd'hui à midi, nous en espérons rien
si ce n'est qu'il témoigne à son tour auprès de
G. Bush de la situation dans les territoires occupés. A son arrivé
au QG d'Arafat, l'émissaire américain n'a pas adressé
le moindre regard aux personnes civiles présentes. Il a refusé
une lettre que nous avions, tous ensemble membres des missions civiles,
rédigé pour faire part au gouvernement américain
des conditions de vie à Ramallah et dans les Territoires Occupés
et exigé le retrait immédiat des militaires israéliens.
Arafat s'est saisi de ce courrier pour le remettre lui-même à
la délégation de Zini.
J'ajoute
que les journalistes qui souhaitaient accompagner la mission Zini ont
été refoulés avec des gaz lacrymogènes.
La même situation s'est répétée quand des
Italiens, en missions civiles notamment à l'hôpital de
Ramallah, se sont présentés au barrage militaire non loin
du QG d'Arafat.
Cyrille,
peux-tu nous informer sur le départ de neuf de tes compagnons
du QG d'Arafat, jeudi 9 avril ?
Ces neufs personnes n'avaient pu quitter le QG d'Arafat en même
temps que José Bové. Elles souhaitaient poursuivre le
travail des missions civiles mais à l'extérieur du QG.
Elles n'ont en aucun cas "baissé les bras" mais veulent
profiter de leurs situations pour relayer les informations du QG vers
l'extérieur, ce qui est fondamental. Parmi les neuf, Jean Paul,
connaissant quelques problèmes de santé, a motivé
ce départ. Il faut maintenant qu'il ait un maximum de possibilité
de témoigner.
Retour
sur la diplomatie : quel est l'action concrète sur le terrain
du corps consulaire ?
Le consulat de France à Jérusalem, contrairement à
l'Ambassade de Tel-Aviv, a une position claire par rapport au conflit.
Par contre, leurs actions sont systématiquement entravées
par l'armée israélienne tout comme celle du consulat britannique,
des parlementaires européens ou des représentants religieux.
L'émissaire américain Zini a lui aussi été
une première fois refoulé avant sa rencontre avec Arafat.
Cette attitude de l'Etat d'Israël face aux représentations
diplomatiques nous laisse imaginer sans peine le sort réservé
à la population palestinienne.
Notre départ est lié à celui de l'armée
israélienne des Territoires Occupés. Nous pourrons sortir
en toute sécurité du QG d'Arafat que dans ces conditions.
Il est hors de question que nous soyons considérés comme
des criminels et menottés. Nous sommes entrés ici dans
le cadre d'une mission de protection du peuple palestinien, projet qui
rejoint le mouvement social, parce que la communauté internationale
est totalement défaillante. Nous ne nous laisserons pas interroger,
emprisonner ou expulser.
Cyrille,
as tu quelques mots à ajouter ?
Ces opérations militaires israéliennes "anti-terroristes"
se veulent liées, au moins sur un plan idéologique, aux
attentats du 11 septembre. Je voulais préciser que le peuple
palestinien est desservi par les dégradations des synagogues.
Les protestations doivent être tournées vers les représentations
diplomatiques, soit israéliennes soit américaines. Il
faut promouvoir chez les juifs de France ou chez les Israéliens
les prises de paroles opposées au gouvernement Sharon d'autant
que la résistance palestinienne accomplit déjà
son rôle. L'opinion internationale doit peser sur les décisions
des gouvernements pour que nous allions au-delà du retrait des
troupes israéliennes des Territoires Occupés : fin de
la colonisation, du contrôle des populations arabes et réel
développement d'un Etat Palestinien.